Conclusion
Les premières études de sensibilité ont montré la prépondérance des flux (énergie, eau, déchets ménagers) par rapport au rôle des matériaux constituant l’enveloppe des bâtiments actuellement construits, pour la plupart des indicateurs. La seule contribution importante des matériaux de construction concerne le thème des déchets. Mais ceci résulte de la définition des indicateurs environnementaux. Par exemple, l’indicateur d’épuisement des ressources est défini par rapport à la rareté au niveau planétaire des matières employées. Or peu de matériaux rares entrent dans la composition des bâtiments où des matières moins onéreuses sont préférées. L’indicateur d’épuisement des ressources est alors très faible, même si dans certains cas des pénuries locales sont à craindre (épuisement d’une carrière...).
D’autre part, les indicateurs de toxicité humaine sont encore évalués avec une précision faible, et il n’est pas tenu compte de la localisation des émissions. Enfin, les incertitudes sur les données concernant la fabrication des matériaux sont encore élevées du fait de la complexité de l’analyse et de son actualisation dans le temps. Cette concomitance entre une faible sensibilité des résultats et une imprécision élevée sur les données et les indicateurs rend particulièrement délicate pour le moment l’application de l’analyse de cycle de vie au choix des matériaux de construction. A cette fin une amélioration de la précision des bases de donnée et l’amélioration des connaissances sur les indicateurs environnementaux (toxicité, changement climatique) seraient nécessaires.
Par contre, l’application de l’analyse de cycle de vie pour l’évaluation simplifiée de la qualité environnementale, en considérant les flux de matière et d’énergie les plus significatifs, peut être menée dès à présent sur des projets en cours de conception, afin d’étudier et de comparer des améliorations du profil.
Une optimisation basée sur l’analyse d’un écoprofil apporte alors des informations plus globales que la simple analyse énergétique menée jusqu’ici, et peut permettre des synthèses entre plusieurs composantes de la performance environnementale (par exemple le transport des personnes et l’exposition solaire lors du choix d’un site de construction ou d’une morphologie urbaine). L’analyse de cycle de vie complète donc utilement l’analyse énergétique effectuée jusqu’à présent. Le développement du logiciel EQUER montre que la mise en œuvre de cette méthode est possible dans le secteur du bâtiment. L’identification des paramètres les plus influents et le recours à des valeurs par défaut pour les autres paramètres a permis de proposer une interface simplifiée aux utilisateurs. L’analyse de cycle de vie apparaît ainsi comme une méthode rigoureuse, évolutive et réaliste pour l’évaluation des aspects quantifiables de la qualité environnementale.
