Introduction
L'approche par analyse de cycle de vie (ACV) est adoptée le plus souvent au niveau international pour évaluer les impacts environnementaux d’un produit. Il s'agit de comptabiliser les substances émises et puisées dans l’environnement sur le cycle de vie d’un produit, depuis sa fabrication (y compris l’extraction des matières premières) jusqu'à sa fin de vie (y compris le traitement des déchets créés), en passant par toutes les étapes de son utilisation.
Cette méthode consiste à évaluer les aspects quantifiables de la qualité environnementale, et laisse donc de côté des aspects plus qualitatifs comme l'atteinte aux paysages. L'analyse de cycle de vie a été élaborée en premier lieu pour des produits industriels. Son application au secteur du bâtiment doit donc s'effectuer de manière prudente : chaque bâtiment est en général unique, et entretient des liens forts tant avec le site dans lequel il est intégré qu'avec ses occupants. D'autre part, certaines évaluations comme celle de la toxicité humaine sont encore très imprécises. Cette méthode semble cependant aujourd’hui être celle qui contient le moins possible d'idéologie. La méthode EQUER a été élaborée sur ces bases par une équipe comportant deux centres de recherche, le Centre d'énergétique de l'École des Mines et L'INERIS (Institut d'Évaluation des Risques Industriels) ainsi que des professionnels : GTM-Construction, l'agence d'architecture S'PACE et Pierre Diaz Pedregal Consultant. La base suisse Oekoinventare (version de 1996) et des données collectées durant le projet européen REGENER sont utilisées en ce qui concerne les impacts de fabrication des matériaux de construction et des autres procédés.
Le projet EQUER consiste à développer un outil d'évaluation de la qualité environnementale des bâtiments, afin d'aider les acteurs à mieux cerner les conséquences de leurs choix. Un tel outil d'analyse est en effet utilisable par l'ensemble des professionnels du bâtiment. L'architecte peut mieux justifier son projet auprès du Maître d'Ouvrage, en présentant un bilan environnemental rigoureux. L'élargissement des missions des BET permet une valorisation de leur statut dans l'équipe de construction. Les industriels peuvent promouvoir de nouveaux produits, car un bilan global énergie-environnement constitue une évaluation pertinente d'un matériau ou composant. La méthode pourrait également être utilisée pour constituer une base de connaissances sur la construction à faible impact environnemental, et pour mieux informer les occupants.
Une analyse de cycle de vie se déroule en quatre phases : la définition des objectifs, l'inventaire, l'évaluation des impacts sur l'environnement et la recherche d'améliorations. Le principe général que nous suivons est d'améliorer la qualité de l'ambiance intérieure tout en réduisant les impacts environnementaux externes. Nous nous fixons ainsi un objectif fonctionnel - le bâtiment doit permettre un certain nombre d'activités pour lesquelles il est prévu, avec un certain niveau de confort, de qualité de vie, etc.-, puis nous cherchons à minimiser l'impact environnemental en comparant des variantes répondant aux exigences fonctionnelles énoncées. Notre objet d'étude, l'unité fonctionnelle au sens de l'analyse de cycle de vie, est donc un bâtiment répondant à ces exigences et considéré sur une certaine durée.
Les choix méthodologiques sont ensuite effectués, par exemple en ce qui concerne les impacts évités grâce au recyclage, la répartition des impacts si plusieurs produits sont fabriqués en même temps (co-produits), et la définition du système étudié est essentielle. Celui-ci est déterminé par son unité fonctionnelle et ses frontières. Les frontières dépendent de l’objectif de l’étude : s’il s’agit par exemple de choisir un site de construction, ce choix peut influencer les besoins de transports des occupants du bâtiment ; dans ce cas, les transports domicile-travail seront inclus dans le système étudié ; si par contre le site est déjà choisi et si l’étude ne concerne que l’aide à la conception architecturale, alors les transports domicile-travail peuvent ne pas être inclus.
Les règles pour la prise en compte des systèmes énergétiques et du transport doivent également être spécifiées ainsi que celles concernant l'affectation des flux de recyclage. Dans EQUER par exemple les impacts liés à l’utilisation de gaz pour se chauffer incluent les phases amont (extraction et transport du gaz) et pas seulement la combustion dans une chaudière ; les camions sont supposés retourner à vide après avoir livré leur marchandise ; les impacts évités par le recyclage sont limités par le nombre maximal possible de recyclages.
L'étape suivante est l'inventaire, qui répertorie et quantifie les flux de matière et d'énergie qui entrent et sortent du système défini. L'évaluation des impacts sur l'environnement se fait ensuite par la définition d’indicateurs environnementaux obtenus par pondération des différentes substances émises ou puisées dans l’environnement. Une recherche d'améliorations peut finalement être effectuée par comparaison de variantes.
Du fait de la multitude des secteurs d'application, les analyses de cycle de vie doivent être adaptées à chaque étude en fonction des objectifs particuliers. Ceci exige une grande transparence pour les choix méthodologiques effectués (définition du problème posé, des fonctions étudiées, etc.) afin de permettre une interprétation adaptée des résultats. Le logiciel EQUER a pour objectif de faciliter ce travail aux professionnels du bâtiment, en proposant une méthode, des hypothèses et des données adaptées à ce secteur.
